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Alléluia ! en 2022 Il revient nous annoncer que La Mort Appelle Tous Les Vivants ! Par Saint Iommi soyez bénis et par Lemmy un peu aussi. En ce jour de gloire, sans capuches dérisoires, ni vains accessoires, BARABBAS apporte la salvatrice obscurité d’un doom metal musclé. Loués soit leur sincérité originelle, leur efficacité professionnelle, et leur ton au naturel.
Tous les ingrédients sont réunis pour propulser ce nouvel album sur les plus hautes marches du podium, parfaite alliance de lourdeur et de puissance au service de robustes textes en français.
Encadrés par l’annonce macabre mise en ambiance dans les délicieuses et inquiétantes Intro et Outro, les morceaux défilent, plus jouissifs les uns que les autres : briseurs de nuques comme du metal, sombres comme du doom, crus et dérangeants comme du punk, hypnotique comme du rock psychédélique. Dans ce chaudron infernal, je voudrais extraire quatre titres en raison de l’impact particulier qu’ils ont sur moi.
Bien sûr, le heavy et puissamment charpenté Je Suis Mort Depuis Bien Longtemps ne peut pas laisser indifférent, il me fracasse d’entrée. Pourtant, j’y préfère Le Saint Riff Rédempteur avec sa guitare plus tranchante à l’ouverture, sa basse qui aspire l’air de la pièce comme un moteur de Mustang, et son riff entêtant. Lorsqu’à 5’30 le tempo s’alourdit, je sens une chappe de plomb qui s’abat (ou sabbath) sur mes épaules tandis que la mélodie épique qui s’évade du riff me sauve de l’abîme.
Je suis fort impressionné par De La Viande et je me sens consommé par ses vers crus : « Le temps est un boucher qui me dévore vivant », « Le cosmos est un carnivore », « Bétail humain sur le fil du hachoir / L’existence est un abattoir ». Je suis très sensible à ce titre qui nous rappelle notre modeste état organique, échoués comme des bouts de barbaque sur l’étal infini du continuum spatio-temporel. C’est toujours lourd, toujours sourd, toujours puissant et d’une poésie barbare.
Comment passer de l’état de viande à l’état de… rien du tout ? Sous Le Signe Du Néant est une autre réflexion sur l’insignifiance de l’homme. Le texte est construit comme une nouvelle qui nous mène jusqu’à une chute impitoyable, jusqu’à l’intervention abrupte d’un fonctionnaire aigrelet (je parierais sur un Vogon échappé de la fameuse trilogie en quatre volumes de Douglas ADAMS). Ce titre est un joyau doom, étincelant d’obscurité.
Pourtant, lorsque je crois avoir pénétré l’insondable fond du néant, BARABBAS trouve le moyen de m’aspirer plus bas encore. Mon Crâne Est Une Crypte (Et J’y Suis Enfermé) y contribue lourdement, mais c’est La Valse Funèbre qui parachève l’impitoyable dessein avec un exceptionnel panache. Quel magnifique morceau ! Encore une fois éminemment heavy, il renoue cependant de manière sournoise avec la chanson française - sans doute est-ce en raison de ce rythme de valse lancinant et de la profondeur du texte qui ne sont pas sans rappeler des Brel, Piaf ou Barbara métamorphosés en créatures de l’Enfer.
Paré d’une production taillée dans le rock, de compositions aux riffs ravageurs et aux rythmiques d’une implacable force, de mélodies rampantes et tenaces, et de textes d’une qualité hors du commun, cet album m’a totalement conquis et devrait être à même d’élargir considérablement l’assemblée des adeptes du Saint Riff Rédempteur.
Les nappes d’harmoniques d’ambiance d’Ad Infinitum résonnent, grandiloquentes, dramatiques et débouchent sur le riff tout aussi lourd et impressionnant de Sagittarius A. Sans être totalement guttural, le chant est dur. Un pur produit doom dont l’existence est vouée à la sinistre mission de vous écraser les os, l’un après l’autre. Ce même registre est inexorablement poursuivi par See Yourself. Tempos lents, accords souterrains, funestes vibrations, continuent sur No Morning After (titre inspiré d’une nouvelle d’Arthur C. CLARKE). J’apprécie ici les variations vocales qui passent d’un chant velu et autoritaire à des chœurs plus mélodiques. Cette quatrième plage me plait aussi par ses arrangements plus psychédéliques.
La cinquième plage est sans doute ma préférée. Beyond est une pièce à la fois très carrée mais avec une rythmique appuyée et surprenante, le tout assaisonné d’une dose de space rock qui n’enlève pourtant rien à la lourdeur du propos. Très bon cocktail !
Stardust passe tout seul et prolonge par ses vocaux le trip space rock enclenché sur le précédent morceau. L’aspect simple du titre renferme en réalité de jolies surprises, notamment une ligne de basse tueuse, et un staccato thrash vers la cinquième minute. Je kiffe trop la fin du morceau !
L’avant dernier titre, Nebula, nous joue le coup de la guitare qui aurait du mal à l’allumage, vous savez ? ces doigts qui bégayent, interrompus par les palm mute. J’adore ce style. A mi-parcours résonne ce solo de basse hyper-fluide et mixé en avant plan avec, derrière, une guitare psyché et une batterie minimaliste. Cette jam grandiose vaut l’album à elle toute seule !
Mince ! déjà la dernière plage ? Je n’ai pas vu le temps passer. Oh ! RED EYE se lâche sur le titre le plus babacool de l’album, brother. Groove chaloupé, harmonies vocales qui sentent la weed, solo déglingué made in Katmandu avec les percussions assorties. Pourtant, The Nine Billion Names Of God (autre chanson inspirée d’une nouvelle d’Arthur C. CLARKE) n’en reste pas là et renoue, par je ne sais quel tour de magie, avec le début plus dur de l’album.
III offre une progression sidérante, partant d’un doom brutal, ajoutant une dimension psyché et space rock, pour finir par un groove hippie qui reboucle finalement avec le début. Ce trio est vraiment doué et je note que Pablo, le dernier venu, y a parfaitement trouvé sa place.
Amoureux de doom, de heayvy psych, de sludge… n’hésitez pas un instant et filez découvrir ce nouveau bijou andalou !
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